Évacuation sanitaire de Kassory Fofana et Damaro Camara : le président Mamadi Doumbouya justifie sa décision
Le président de la République, Mamadi Doumbouya, s’est adressé directement à la nation ce dimanche 19 septembre 2026 à travers un message publié sur sa page Facebook officielle. Au centre de cette intervention : l’autorisation accordée à Ibrahima Kassory Fofana, ancien Premier ministre, et à Amadou Damaro Camara, ancien président de l’Assemblée nationale, pour bénéficier d’une évacuation sanitaire à l’étranger.
Alors que cette décision suscite des réactions au sein de l’opinion publique, le chef de l’État a choisi de s’expliquer personnellement sur les raisons qui ont motivé cet arbitrage.
« Sur les questions qui touchent à la conscience de la Nation, le Chef de l’État se doit de parler lui-même. Je m’adresse donc à vous directement, sans intermédiaire, au sujet du départ à l’étranger de messieurs Amadou Damaro Camara, ancien président de l’assemblée nationale et Ibrahima Kassory Fofana, ancien premier ministre, » a indiqué chef de l’État.
Les décisions de justice restent pleinement en vigueur
Dans son message, Mamadi Doumbouya a d’abord voulu dissiper toute interprétation selon laquelle l’évacuation sanitaire pourrait remettre en cause les décisions rendues par la justice guinéenne.
Le président rappelle que les procédures judiciaires concernant les deux anciens responsables de l’État ont suivi leur cours et que leurs condamnations conservent toute leur portée.
« Disons d’abord ce qui ne change pas. La justice guinéenne a été saisie. Elle a instruit, elle a jugé, elle a condamné. Elle l’a fait souverainement, au nom du peuple guinéen et de lui seul. Les décisions rendues conservent l’intégralité de leur autorité : aucune d’entre elles n’est effacée, aucune n’est révisée, aucune n’est négociée. Le principe qui fonde la refondation de notre pays demeure intact, nul n’est au-dessus de la loi, quelles qu’aient été ses fonctions, » écrit Mamadi Doumbouya.
Une décision motivée par des raisons sanitaires
Le chef de l’État présente ensuite l’autorisation d’évacuation comme une mesure exceptionnelle, dictée par la situation médicale des deux anciens dirigeants.
Selon lui, cette décision ne répond à aucune considération politique et ne remet pas en cause les principes défendus dans le cadre de la refondation de l’État.
« Mais un État fort n’est pas un État sans cœur. L’état de santé de ces deux hommes a été porté à ma connaissance et documenté. Face à la souffrance d’un être humain, j’ai estimé que la République ne pouvait détourner le regard. J’ai donc autorisé, à titre exceptionnel et pour des raisons exclusivement sanitaires, leur évacuation vers des structures de soins appropriées», peut-on lire sur la page Facebook du chef de l’État.
Mamadi Doumbouya a également insisté sur le fait que cette mesure ne saurait être assimilée à une décision judiciaire en faveur des intéressés.
« Cette décision n’est ni une amnistie, ni une grâce, ni un arrangement. Elle est un acte d’humanité, assumé devant vous», a souligné Mamadi Doumbouya.
La réconciliation nationale au cœur du message
Au-delà du cas particulier de Kassory Fofana et de Damaro Camara, le président de la République a inscrit sa décision dans une réflexion plus large sur la justice, la réconciliation et l’avenir de la Guinée.
Il affirme vouloir éviter que la lutte contre la corruption et la mauvaise gestion des ressources publiques ne se transforme en démarche fondée sur le ressentiment ou la volonté d’humilier les personnes condamnées.
« Car je veux une Guinée qui juge sans haine et qui sanctionne sans acharnement. La rigueur que nous exigeons dans la gestion des deniers publics ne procède pas du ressentiment : elle procède de l’exigence. Nous ne construirons pas la Guinée de demain sur la rancune, ni sur l’humiliation de qui que ce soit. La réconciliation nationale n’est pas l’oubli c’est la capacité d’un peuple à regarder ensemble vers l’avenir, une fois la vérité établie et la justice dite, » a t-il martélé
Le développement comme priorité
Dans la dernière partie de son intervention, Mamadi Doumbouya a élargi son propos aux défis auxquels la Guinée doit faire face, mettant l’accent sur la cohésion nationale et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Pour le chef de l’État, la réussite du pays ne doit pas être mesurée uniquement à travers les indicateurs économiques, mais également par les progrès réalisés dans des secteurs essentiels comme l’éducation, la santé, l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que l’emploi des jeunes.
« Notre pays entre dans une ère décisive. Il aura besoin de toutes ses filles et de tous ses fils, unis, apaisés, tournés vers le travail et la construction. Car ce que nous poursuivons n’est pas la seule croissance des chiffres, mais la prospérité réelle de nos populations : l’école pour nos enfants, les soins pour nos familles, l’eau et l’électricité dans nos foyers, le travail pour notre jeunesse. Telle est l’unique mesure de notre réussite, et c’est main dans la main que nous bâtirons notre pays, » a-t-il mentionné.
À travers cette prise de parole, le président Mamadi Doumbouya entend ainsi présenter l’évacuation sanitaire des deux anciens responsables comme une mesure exceptionnelle liée à leur état de santé, sans remise en cause des décisions judiciaires prononcées à leur encontre.
Son message met également en avant une volonté de concilier l’application de la loi avec les considérations humanitaires, tout en appelant les Guinéens à regarder vers les enjeux de développement, de cohésion nationale et de prospérité collective.
