Interdiction des sachets d’eau : Mohamed Kourouma appelle à des mesures d’urgence
L’interdiction des plastiques à usage unique, notamment des sachets d’eau, commence à produire des effets importants sur l’approvisionnement en eau potable en Guinée. Alors que les capacités actuelles de production d’eau conditionnée ne suffisent pas à répondre à la demande, le secteur privé appelle les autorités à mettre rapidement en place des mesures d’accompagnement.
Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi 6 octobre 2026, le PDG de la société Hamana, Mohamed Kourouma, a alerté sur les difficultés rencontrées depuis l’entrée en vigueur de cette mesure. Selon lui, la disparition brutale de l’eau vendue en sachets a profondément bouleversé le marché et créé un déficit difficile à combler à court terme.
Une offre largement insuffisante
Mohamed Kourouma estime que l’ampleur de la situation s’explique principalement par le poids considérable qu’occupait l’eau en sachet dans les habitudes de consommation des Guinéens.
Selon les chiffres avancés par le responsable de Hamana, l’eau conditionnée en sachets représentait environ 85 % de la consommation, contre seulement 15 % pour l’eau vendue en bouteilles. La suppression de cette première catégorie aurait donc entraîné une forte pression sur les capacités de production restantes.
« En Guinée, 85 % de la population consommait de l’eau en sachet, contre seulement 15 % pour l’eau en bouteille. Avec l’interdiction décrétée par l’État, ces 85 % ont brusquement disparu du marché », a-t-il expliqué.
Pour le patron de Hamana, les unités de production ne disposent pas encore des moyens nécessaires pour compenser ce déficit. Même en fonctionnant à pleine capacité, les usines ne parviendraient actuellement à couvrir qu’une partie des besoins.
« Même si les usines tournent à plein régime, la production de bouteilles ne dépasse pas 30 % des besoins », a-t-il poursuivi, soulignant que l’augmentation significative des capacités industrielles nécessiterait du temps et d’importants investissements.
Des investissements qui ne peuvent pas répondre à l’urgence
Pour Mohamed Kourouma, le renforcement de la production d’eau en bouteille constitue une piste nécessaire, mais cette solution ne peut être immédiate. La commande de nouveaux équipements, leur installation et l’augmentation progressive des capacités industrielles demanderaient plusieurs mois.
« Le temps nécessaire pour commander les équipements et étendre la capacité de production à 100 % sera long. Il faut se dire la vérité », a-t-il averti.
Dans ce contexte, le chef d’entreprise demande aux pouvoirs publics de ne pas se limiter à l’interdiction des sachets, mais de prévoir des mesures permettant d’assurer la continuité de l’approvisionnement en eau potable.
« L’État est là pour accompagner la population. Je pense qu’il trouvera une solution », a-t-il déclaré, tout en insistant sur le décalage entre l’offre actuelle et les besoins des consommateurs.
Les inquiétudes grandissent chez les consommateurs
La décision d’interdire les sachets plastiques continue par ailleurs de susciter des réactions diverses au sein de la population. Si la mesure est présentée comme une réponse aux préoccupations environnementales liées à l’utilisation massive du plastique, de nombreux citoyens s’interrogent désormais sur les alternatives disponibles.
La question de l’accès à l’eau potable se pose avec d’autant plus d’acuité que l’offre en bouteilles et en bidons reste limitée face à la demande.
Certains observateurs redoutent également que cette situation pousse davantage de ménages vers des sources d’eau dont la qualité n’est pas systématiquement contrôlée, notamment certains forages ou réseaux informels.
Une telle évolution pourrait, à terme, transformer les difficultés actuelles d’approvisionnement en un véritable enjeu de santé publique.
Pour les acteurs du secteur, l’urgence consiste désormais à trouver un équilibre entre les objectifs environnementaux poursuivis par l’interdiction des plastiques à usage unique et la nécessité de garantir à la population un accès régulier à une eau potable sûre et abordable.
