Finances publiques en Guinée : Le gouffre financier d’EDG prive l’État de 2 594 milliards GNF de dividendes
Le modèle économique du secteur énergétique guinéen bat sérieusement de l’aile. Plongée dans une crise financière structurelle, la société nationale Électricité de Guinée (EDG) accumule un retard de paiement colossal auprès des gestionnaires des barrages hydroélectriques de Kaléta et Souapiti. Résultat : depuis 2021, ce sont 2 594 milliards de francs guinéens (GNF) de dividendes destinés au Trésor public qui demeurent totalement gelés.
Ce constat alarmant figure au cœur du rapport de la Commission des finances de l’Assemblée nationale portant sur le volet recettes du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026, présenté ce samedi 31 octobre par son rapporteur général, l’honorable N’Gouamou Fabara Koné.
Un effondrement spectaculaire des recouvrements
L’État guinéen détient des participations majoritaires et stratégiques dans ces infrastructures — 49 % du capital de la Société de gestion de Kaléta (SOGEKA) et 51 % de la Société de gestion de Souapiti (SOGES). Alors que ces actifs devaient constituer une manne financière pérenne pour les caisses publiques, le défaut de paiement d’EDG neutralise l’ensemble du système.
Les chiffres arrêtés à la fin du mois de septembre 2026 témoignent d’une paralysie quasi totale :
- SOGEKA : Sur une facturation de 139,4 millions de dollars adressée à EDG au titre de l’exercice 2026, seuls 4,5 millions ont été récupérés, soit un taux de recouvrement famélique de 3,22 %.
- SOGES : Pour 240,9 millions de dollars facturés, les encaissements culminent à peine à 6 millions de dollars, soit 2,49 % de taux de recouvrement.
Cette défaillance n’est pas un incident isolé, mais l’aboutissement d’une dégradation continue engagée depuis 2022. En trois ans, les taux de recouvrement se sont littéralement effondrés :
- SOGEKA : Passé de 77,81 % en 2022 à 24 % en 2023, puis 9,20 % en 2024, pour toucher le fond à 0,37 % en 2025.
- SOGES : Descendu de 66,37 % en 2022 à 31,87 % en 2023, suivi de 14,12 % en 2024, pour finir à 1,12 % en 2025.
La contradiction des 3 000 milliards GNF de subvention
L’imbroglio financier prend une tournure d’autant plus paradoxale au regard des concours financiers apportés par l’État. Pour l’exercice 2026, le Budget national de développement (BND) prévoit une enveloppe de 3 000 milliards GNF uniquement destinée à éponger les pertes et subventionner EDG.
Une incohérence majeure pour les finances publiques : le contribuable guinéen finance à fonds perdus une entreprise publique d’un côté, tandis que cette même entreprise empêche l’État de percevoir les bénéfices légitimes de ses investissements hydroélectriques de l’autre.
L’Assemblée exige des réformes de fond
Devant cette spirale d’impayés qui menace l’équilibre économique des sociétés de gestion et pèse sur le budget national, la Commission des finances appelle à une remise à plat urgente. Les parlementaires demandent au Gouvernement d’engager une restructuration profonde d’EDG, axée sur :
- Le redressement impératif du taux de recouvrement des factures auprès des consommateurs.
- La refonte globale de la gouvernance et des mécanismes de gestion de l’opérateur.
- Une rigueur financière accrue et la régularisation des flux avec la SOGEKA et la SOGES.
Les ministères de l’Énergie et des Finances sont directement interpellés pour stopper l’hémorragie. Au-delà des chiffres, c’est toute la rentabilité des grands investissements énergétiques du pays et la viabilité de la chaîne de production d’électricité qui sont aujourd’hui en jeu.
