Gestion du FONIJ : la CRIEF ouvre une enquête visant quatre anciens et actuels responsables
La gestion du Fonds national pour l’insertion des jeunes (FONIJ) fait l’objet d’investigations judiciaires. Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), Alphonse Charles Wright, a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire afin de faire la lumière sur la gestion administrative et financière de cette institution depuis sa mise en place.
D’après une information publiée ce lundi 2 novembre 2026 par Mondemedia, quatre personnalités ayant occupé des fonctions de responsabilité au sein du fonds sont concernées par cette procédure. Il s’agit de Mohamed Nabé, qui a dirigé l’institution entre 2008 et 2011, d’Ousmane Touré, analyste financier ayant assuré la gestion de 2014 à 2019, de Mariama Ciré Baldé, directrice générale de 2019 à 2022, ainsi que d’Abdouramane Baldé, qui occupe actuellement ce poste.
Les investigations portent sur plusieurs faits présumés, notamment le détournement de deniers publics, la corruption d’agents publics, l’enrichissement illicite et la complicité. Les enquêteurs sont chargés de vérifier la gestion des financements octroyés, la mobilisation des ressources et les différentes dépenses effectuées au cours des dernières années.
Parmi les points qui retiennent particulièrement l’attention figure le faible niveau de remboursement des financements accordés entre 2016 et 2019. L’utilisation des ressources budgétaires sera également passée au crible, notamment celle d’un budget évalué à 5,15 milliards de francs guinéens pour l’exercice 2023.
Plusieurs initiatives financées ou soutenues par le FONIJ feront également l’objet d’un examen approfondi. C’est notamment le cas du Grand Prix FONIJ, dont l’enveloppe financière est estimée à 1,3 milliard de francs guinéens, du programme Lassiri, consacré à la formation et à l’autonomisation de 1 100 jeunes filles, avec entre autres le financement de 100 microprojets, ainsi que du programme Nexus, orienté vers le soutien aux projets innovants et aux initiatives numériques.
Les vérifications ne se limiteront pas aux dépenses et aux programmes. Elles concerneront également l’identification des bénéficiaires enregistrés sur la plateforme numérique e-FONIJ. Les enquêteurs devront notamment s’assurer de l’authenticité des numéros d’identification nationale (NIN) et des coordonnées téléphoniques renseignées par les personnes inscrites.
Les opérations financières dans le viseur des enquêteurs
Un autre volet important de la procédure concerne les mouvements financiers et les mécanismes de décaissement au sein de l’institution. Les investigations devront permettre de détecter d’éventuelles surfacturations, de retracer l’utilisation des subventions internationales non remboursables et d’examiner les opérations bancaires réalisées auprès de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) et des établissements bancaires primaires.
Les responsabilités dans l’autorisation et l’exécution des dépenses devront également être établies. À ce titre, les enquêteurs sont appelés à examiner les procédures de passation des marchés publics, la conformité des décaissements et les éventuelles situations de conflits d’intérêts impliquant des responsables du fonds ou des membres de leur entourage.
Pour réunir les éléments nécessaires à la manifestation de la vérité, le procureur spécial a prévu plusieurs mesures d’investigation. Celles-ci comprennent notamment une réquisition adressée à la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), une expertise comptable confiée à un professionnel agréé ainsi que des contrôles au niveau des différentes antennes du FONIJ à travers le pays.
Créé en 2007, puis officialisé par décret présidentiel le 29 juillet 2010, le Fonds national pour l’insertion des jeunes a pour mission de contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes, de soutenir l’entrepreneuriat et de faciliter leur insertion socio-professionnelle en Guinée.
À travers cette enquête, la justice entend donc examiner en profondeur les conditions de gestion des ressources publiques mises à la disposition de l’institution, vérifier la transparence des financements et déterminer si des irrégularités ont été commises au cours des différentes périodes de gestion.
Il convient toutefois de rappeler que l’ouverture d’une enquête préliminaire ne constitue pas une déclaration de culpabilité. Les faits évoqués restent à établir et les quatre responsables concernés bénéficient, à ce stade de la procédure, de la présomption d’innocence.
