Orpaillage clandestin en Guinée : Ce n’est pas une chasse aux Burkinabè, c’est une question de survie
Face aux amalgames assimilant les récentes opérations de régulation minière à une stigmatisation xénophobe, une mise au point s’impose. Entre application rigoureuse de la loi, sanctions administratives internes et impératif de préservation des écosystèmes, l’action des autorités ne vise aucun peuple en particulier, mais entend mettre un terme à des pratiques destructrices.
Depuis quelques jours, des rumeurs persistantes suggèrent que la Guinée mènerait une politique ciblée d’expulsion à l’encontre des ressortissants d’autres pays africains. Une telle lecture des faits mérite d’être nuancée et replacée dans son véritable contexte.
Ce qui se joue actuellement ne vise pas spécifiquement la communauté burkinabè. Il y a quelques mois, les engins lourds d’opérateurs chinois impliqués dans des infractions similaires ont été saisis et exposés à l’esplanade du Palais du Peuple, tandis que des poursuites judiciaires étaient engagées à Siguiri. L’action des pouvoirs publics s’exerce également à l’interne : plusieurs autorités administratives ont été suspendues ou radiées, et près de 479 présidents de districts et de quartiers ont été démis de leurs fonctions pour avoir toléré ou favorisé l’orpaillage illégal. Lorsque l’État sanctionne ses propres agents, il ne s’agit point d’une hostilité envers une nationalité, mais d’une exigence de respect de l’autorité de l’État et de la loi.
Sur le fond, le cœur du problème réside dans les méthodes d’exploitation et non dans l’origine des individus. Qu’il s’agisse des investisseurs étrangers ou des exploitants artisanaux, ce sont les techniques de travail employées et leurs répercussions environnementales qui soulèvent des inquiétudes légitimes.
Ayant eu l’occasion de me rendre sur les sites miniers, j’ai pu constater de visu la nature des procédés à l’œuvre. Sans viser l’ensemble de la communauté burkinabè, force est de reconnaître qu’une part importante de ces activités reposait sur des méthodes particulièrement destructrices. L’utilisation de l’eau à très haute pression — propulsée par des dispositifs fixes capables de sectionner les sols et de déstabiliser les berges — illustre la violence de ces pratiques pour l’environnement. Ce mode opératoire fragilise durablement les écosystèmes fluviaux, menace les terres agricoles et met en péril la sécurité des travailleurs eux-mêmes ainsi que celle des populations riveraines. Il ne s’agit donc plus d’un simple différend professionnel, mais d’un enjeu crucial de sécurité publique et environnementale.
L’argument de l’ignorance ne saurait non plus prospérer : la situation était documentée, les saisies publiques, et des sanctions de haut niveau avaient déjà frappé des responsables locaux pour les mêmes motifs.
Certes, il est impératif de prendre la mesure de la réalité sociale : des milliers de personnes, privées d’alternatives économiques, dépendent de cette filière. Pour autant, l’application de la règle de droit doit s’accompagner d’une attention portée aux transitions socio-économiques.
Il convient dès lors d’apaiser le débat et de proscrire les invectives de part et d’autre. Les ressortissants burkinabè, venus chercher des moyens de subsistance, ne sauraient être érigés en boucs émissaires d’un système marqué par des années de laxisme et de complicités locales. Le véritable défi demeure l’assainissement d’un secteur minier longtemps abandonné au désordre.
En définitive, la fermeté affichée par les autorités guinéennes répond à une nécessité absolue : protéger le domaine foncier, préserver les cours d’eau et sauvegarder les richesses nationales face à des méthodes d’exploitation périlleuses.
Mohamed Barry.
